Friday, July 08, 2005

Qui sont les protagonistes ? Voir les disques sur la droite

D’emblée, il s’agit pour les Allemands de présenter au lectorat alsacien une nouvelle situation « nationale » et qui plus est, de façon intéressante. Les lexèmes des champs lexicaux concernant les trois pays omniprésents dans le discours étudié sont ceux faisant référence à l’Allemagne, à la France et à l’Alsace. Nous allons les répertorier et les compter pour les comparer ensuite. En ce qui concerne la France, on tient compte de tous les mots ayant pour radical frank- pour Frankreich ou franz- pour Franz-ose- /-ösisch- ou franc- pour France, Français ou -welsch- pour Ent-welsch-ung, welsch-, etc…. Pour l’Alsace, -elsa- pour Elsa-ss-, Elsa-ß-, -elsä- pour Elsäss-er-, elsäss-isch-… Pour l’Allemagne enfin, -deutsch- pour Deutsch-e(n), Deutsch-land… C’est grâce à ces radicaux que nous allons lancer une recherche avec lexico 3[1] afin de déterminer combien de lexèmes peuvent être comptabilisés dans chaque cas par année. Voici, dans les secteurs à la page 18, comment les champs lexicaux se répartissent par année durant l’Occupation[2]. Un graphique situé à partir de la page 136 indique les fréquences absolues pour chaque groupe permettant de mieux visualiser le nombre d’occurrences. Trois groupes de formes[3] ont été constitués en rapport avec les exemples cités ci-dessus. Nous voulons simplement montrer qu’ils sont répétés et réemployés sans cesse par la propagande. Les différences apparentes entre les pourcentages par année seront expliquées à la page 32. Faisant partie du paysage linguistique au quotidien, ils présentent au lecteur un nouveau choix national : celui de l’Allemagne et non plus de la France d’une part et il confère aux concepts de « nationalité » (communs aux trois groupes de formes) une importance toute nouvelle d’autre part. En terme de propagande, la forte fréquence d’un lexème et un rythme d’apparition régulier sont d’une importance capitale. Ces derniers servent d’occasion pour rappeler souvent à la mémoire des points significatifs de la nouvelle idéologie et, leur répétition, à la fin monotone, plonge le lectorat dans une sorte de somnambulisme ou d’hypnose propices à la manipulation en général[4]. Il aurait fallu faire des statistiques du même ordre avec des articles de journaux d’autres pays sous Occupation nazie pour les comparer aux nôtres. Nous pensons notamment à la presse française en Zone Nord et à la presse nazie allemande. Nous aurions sans doute pu montrer que dans le cas alsacien, la fréquence de certains termes était accrue pour rattraper un retard en matière de propagande par rapport au Reich[5]. Comme nous pouvons nous en rendre compte, la part réservée aux lexèmes du groupe de formes –franz/k/c- s’amenuise d’année en année (exception faite de 1944)[6]. Les lexèmes omniprésents sont ceux concernant le groupe de forme -deutsch- suivi du groupe –elsa/ä-ß/ss-. Il est maintenant évident que le discours de propagande met en relation ce qui concerne les deux derniers groupes de forme cités dans un rapport quasi équivalent en terme de fréquence et c’est spécifique au discours alsacien nazi. Nous pouvons nous demander quelle est la raison de cette double interpellation concernant à la fois les Alsaciens et les Allemands.
[1] André Salem, programme informatique LEXICO 3 pour calculs lexicométriques
[2] un secteur est un graphique sous forme circulaire
[3] Un « groupe de forme » est un ensemble de substituts sémantiques, de lexèmes appartenant au même champ lexical. Nous avons trouvé cette expression dans le programme Lexico 3 et Dominique Maingenau, L’analyse du discours, p. 40.
[4] Serge Tchakhotine, Le viol des foules par la propagande politique, p. 120, 234, 238 et 261. [5] Bernard Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, p. 426.
[6] Voir p. 31, la note 1.

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